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03.10.2007

MON PERE, UN HUMANISTE LANGUEDOCIEN

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Je ne me livrerai pas à une psychanalyse de bazar, ni à des jugements auxquels il me manquerait les éléments de l'intéressé lui-même.
J'ai été conçu à Narbonne, né à Mende, élevé par ma mère née à Béziers et mon père né à Laurens. Mon enfance était en outre bercée de la présence de ma grand-mère maternelle Thérèse, née en Aragon et de ma grande soeur Christianne.
Sans m'en apercevoir, je baignais dans la culture méditerranéenne, mangeant du poisson de mer et des coquillages en pleine Lozère grâce à l’unique poissonnier chargeant ses produits à Sète, arrivages qui n’étaient guère prisés que des fonctionnaires émigrés de localités plus au Sud.

Mon père, titulaire d’une Licence d’Histoire et Géographie, gagnant sa vie comme Surveillant Général et finissant sa carrière avec le titre ronflant de Conseiller Principal d’Education, était très discret et finalement, malgré les jugements de ma mère, il était somme toute assez humble.
Il m’éduqua sans que je m’en aperçoive, à coup d’anecdotes ou de souvenirs bien choisis. Il me donna donc le meilleur de ce qu’il pouvait me transmettre.

Ouverture culturelle : il ne semblait lire que des bouquins policiers, pourtant il me parlait d’une mauvaise note acquise lors de sa Licence pour avoir eu l’impudence de citer le sociologue Durkheim, pourtant je bénéficiais de mes B.D., Bibliothèque Rose, Verte,etc.
Nous avions la télévision en 1960, alors que j’avais cinq ans, elle était d’une autre teneur que celles d’aujourd’hui !

Ouverture à la tolérance : il me citait souvent cette scène : son service militaire, la chambrée, un séminariste fait sa prière, ses compagnons se moquent, mon père, athée militant, intervient pour lui permettre de continuer sa pratique.
Baptême d’un neveu mien : nous sommes dans l’Eglise, je suis aux côtés de mon père, il me tend une pièce d’un franc pour la quête, que je n’ai pas envie de donner, il se penche et me glisse : « Tout travail mérite salaire ».
Il eut également la patience, durant mes errements marxistes-léninistes, de m’offrir le Petit Livre Rouge de Mao-Tsé-Toung pour mon succès au B.E.P.C., et de me laisser lire la gamme complète de la presse d’extrême gauche.

Ouverture à la société et à la politique : tout commençait pour moi par les invectives dont il gratifiait les journalistes de l’unique chaîne gaulliste … Mais je savais son engagement au SNES Lozère, des affiches du Parti Socialiste- qu’il contribua à asseoir à Mende, dans des circonstances difficiles- traînaient dans notre garage.
Modeste, il ne parlait qu’à Narbonne de son amitié avec le Maire, Mr Madaule... ni qu’il s’était présenté dans la même ville aux Municipales de 1935, avec Arthur Mouly, père d’un futur Maire, avec les ascendants de Guidoni, Cayrel, bref la classe politique de gauche de la Ville.
Venant à Narbonne, il y a quinze ans, de vieux socialistes- et cela m’émut – me demandaient si j’étais le fils de « Malabar », il est vrai que mon père était grand et costaud !

Ouverture pour moi d’un esprit de résistance : mon père était discret mais là encore les anecdotes doucement étaient distillées : mon père allait toujours prendre le train quand il y avait eu un déraillement, il vérifiait ainsi le bon accomplissement d’un sabotage.
Il bénéficiait d’un permis de port d’armes de la Résistance et il se chargea du ravitaillement, à la Libération, de Villesiscle dans l’Aude.
Avant la déroute allemande, il avait parlé à un officier prussien, proviseur dans le civil, ballotté par le conflit, un « intellectuel » afin de limiter la casse dans les environs avant le départ.
Il m’enseignait ainsi à ne pas caricaturer et à comprendre que partout de l’humain subsiste…

Je ne parlerai pas de tous les engagements de mon père mais je sais que par profession et par conviction l’idéal laïque éclairait son chemin.



Michel Sidobre

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